Interview exclusive du PDG de MATY, André Segura

Le PDG de MATY, André Ségura nous dévoile sa stratégie de transformation de l'entreprise bisontine, du statut de distributeur à celui d’une marque premium, dans une interview exclusive

Crédit photo : MATY

MATY. Ces deux syllabes sonnent comme une madeleine de Proust. C’est l’une des marques les plus ancrées dans notre imaginaire collectif dès lors que l’on évoque l’univers de la bijouterie.

A bientôt 75 ans, l’entreprise bisontine a su s’adapter au changement et continue de défier les challenges qui bouleversent le secteur HBJO. Son PDG, André SEGURA, a accordé une interview exclusive au Journal de la Bijouterie, dans laquelle il nous dévoile le renouveau de la marque et les choix stratégiques pour rester l’acteur incontournable du marché de la bijouterie et de l’horlogerie. 

LJDLB  Bonjour André Segura, pouvez-vous nous dire en quelques mots ce que représente MATY aujourd’hui ?

AS  MATY fait partie du groupe familiale GEMAFI qui emploie 500 salariés et a réalisé 100 millions de CA en 2025. GEMAFI s’articule autour de 3 entités :

  • MATY et CRESUS : pour la distribution

  • SFM : une unité de production qui fabrique des bijoux pour MATY et pour d’autres clients

  • EBS Bijoux : une plateforme de SAV multi clients

 

LJDLB EBS vous a rejoint récemment il me semble ?

AS C’est une acquisition externe très récente effectivement et depuis le 1er mars 2026 nous avons fusionné pour en faire la plus grosse plateforme de SAV bijouterie en France. A l’origine, c’est une maison française fondée en 1895, spécialisée dans la création, la transformation et la réparation de bijoux haut de gamme pour les professionnels. Ancrée dans notre territoire à Besançon, l’atelier propose différents services tels que gravure, sertissage et polissage, et utilise les technologies les plus avancées telles que le laser, la gravure numérique ou le polissage automatisé. Nous intervenons également sur tous types de montres, pour des opérations telles que la révision, le changement de pile ou le test d’étanchéité.  L’entité emploie 40 personnes et est dirigée par Benjamin Verrier, ex SFM. 

Crédit photo : MATY

LJDLB En 2024, vous avez racheté la marque de vente de montres d’occasion CRESUS. Que peut-on dire de ce rachat deux ans après ? Et comment s’articule CRESUS par rapport à MATY ?

AS L’acquisition de CRESUS (notre partenaire depuis 2021) vient compléter notre offre en tant que distributeur et offre l’opportunité de nous positionner sur le marché de l’occasion. Nous étions déjà présents sur les montres chez MATY, mais des montres neuves. Aujourd’hui, CRESUS ce sont 2 magasins, 6 corners (dans certains magasins MATY de grandes agglomérations) et un site internet. Les deux marques sont bien distinctes et s’adressent à deux cibles différentes. Mais d’un point de vue organisation, nous avons une logique de groupe qui a déjà rentabilisé cette acquisition : authentification des produits, sourcing, accessibilité client. Enfin, CRESUS renforce notre implication dans l’économie circulaire, un engagement très important pour nous.

 

LJDLB  Concrètement, que représente l’économie circulaire chez MATY ?

AS Ce n’est pas une mode, c’est une prise de conscience en tant qu’entreprise citoyenne, et une réponse à une demande forte de la clientèle. Notre offre en a été fortement impactée :

  • Or recyclé (il représente 95% des collections)

  • Reprise d’or (directement dans notre entité de fabrication)

  •  Horlogerie de seconde main (avec CRESUS)

  • Bijoux de seconde main, depuis 2021.

LJDLB Les bijoux de seconde main représentent-ils un gros volume chez MATY ?

AS Sur notre site actuellement, plus de 1500 produits de seconde main sont proposés à la vente. Cela représente un complément de CA (10%) mais marginal par rapport à notre offre principale. Ce qui est intéressant dans le bijou d’occasion, c’est l’utilisation de tout notre savoir-faire intégré : le SAV, le service de remise en état, notre expertise qui nous permet d’authentifier les bijoux et leur provenance (deux gemmologues travaillent en interne). Quand un bijou de seconde main part de chez nous, il est remis à neuf (métal et pierre) et il bénéficie d’un certificat de garantie.

 

LJDLB Proposez-vous des bijoux sur-mesure ?

AS Nous avons un atelier de création intégré, qui nous permet de réaliser des bijoux à la demande. Parfois, les clients viennent avec un bijou ancien, ou une pierre héritée d’un parent, et nous confient la création d’un bijou unique. Ce sont des moments de vie importants et notre présence territoriale, comme le site internet, nous permet de répondre à ces demandes uniques, tout en tissant des liens avec nos clients.

 

LJDLB Les diamants de laboratoire ont-ils fait leur apparition dans vos collections ?

AS Bien sûr, nous avons été les premiers à proposer des diamants de laboratoire en 2018. Ces diamants, chimiquement identiques aux naturels, offrent une alternative éthique et économique, avec un prix inférieur de 30 à 50 %. De plus, leur aspect éco-responsable est un argument non négligeable à l’achat. Aujourd’hui, 30% des diamants que nous vendons sont des diamants synthétiques et concernent le plus souvent les faibles caratages.

LJDLB Autre sujet inévitable : le cours historique de l’or. Quel impact cela a-t-il sur votre business ?

AS On constate que la clientèle s’oriente de plus en plus vers l’or 375 millièmes, dont les ventes ont dépassé celles des bijoux en or 750 millièmes. Et notre activité de reprise d’or est une manière, pour certains clients, de palier à cette hausse. 

Crédit photo : MATY

LJDLB Sur un autre sujet, j’ai remarqué que votre market place avait disparu du site, et qu’à l’inverse des bijoux MATY étaient distribués sur le site de Louis Pion. Que faut-il en déduire ?

AS  Vous touchez là le cœur de notre stratégie de transformation : MATY passe du statut de distributeur à celui de marque. C’est une vraie révolution mais notre business model doit changer pour gagner en cohérence et s’adapter à notre clientèle. Jusqu’à présent, MATY était un distributeur via plusieurs canaux : des magasins en propre, un site e-commerce, un catalogue et une market place.

Aujourd’hui, nos efforts se portent sur la marque, nous souhaitons clarifier son statut et l’emmener vers le Premium. D’où une réorganisation de la distribution : à nos 39 magasins viennent s’ajouter 4 franchises, notre site e-commerce devient la vitrine virtuelle de l’image de marque MATY, et nos bijoux commencent à être distribués chez d’autres en mode wholesale. Nous sommes présents chez Louis Pion. D’autres distributeurs sont à l’étude. Quant au catalogue, 50000 personnes le reçoivent encore, mais sous un nouveau format : fini le catalogue avec toutes les références, nous adressons un catalogue pour la fête des mères et un pour Noël ; à terme, il est certainement amené à disparaître.

LJDLB Etes-vous présents sur les réseaux sociaux ?

AS  Nous sommes très actifs sur Instagram, la communauté Maty compte 95K followers et celle de CRESUS 20K. Les réseaux sociaux sont un formidable vecteur de communication pour les deux marques.

LJDLB Votre ancrage à Besançon est partie intégrante de votre image de marque, j’imagine ?

AS  Absolument ! Toutes nos activités sont localisées sur notre territoire. MATY est un groupe familial, indépendant, français et fabricant depuis 75 ans. Nous transformons notre business model mais nous restons centrés sur Besançon, où nous avons inauguré un musée récemment. D’ailleurs, nous allons relancer la montre, dont la cité bisontine en est le fief historique. En 2024, nous avons lancé la marque Gérard Mantion (GM), puis la ligne Héritage et la ligne Origine. 

Crédit photo : MATY

LJDLB Vous mettez en avant le made in France, avec un clin d’œil au drapeau bleu blanc rouge en base line de votre logo. Tout est fabriqué dans l’hexagone ?

AS Les deux tiers de nos produits sont fabriqués en France et en Europe, le tiers restant est importé de Thaïlande et d’Inde.

 

LJDLB Pour le mot de la fin, comment voyez-vous l’avenir ?

AS  Nous allons continuer à développer ce que l’on a entrepris : la transformation de MATY du statut de distributeur à celui de marque. Dans un second temps, on visera l’international. 

MATY EN CHIFFRES

Panier moyen                                155 €

Chiffre d’affaires 2025                   100 millions d’euros

Nb de magasins                             39